Riddhi, Siddhi et Buddhi représentent trois modalités d’une même énergie autour de Ganesh : matière, cœur et conscience. Découvrez leur symbolique et leur…
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GANESH · RIDDHI · NÂTHA YOGA
Riddhi et Ganesh : quand l’énergie prend forme dans la matière
Prospérité, corps, santé, ressources, désir, création : Riddhi est souvent traduite trop vite par « abondance ». Dans la lecture tantrique du Nâtha Yoga, elle pose une question plus profonde : comment ce qui n’est encore qu’une possibilité devient-il réellement matière, corps et action ?
Après Ganesh, gardien du seuil entre matière et conscience, il fallait bien finir par franchir la porte. Et derrière cette porte, la première puissance que nous rencontrons est Riddhi.
On la présente volontiers comme une déesse de la prospérité, de la richesse ou de l’abondance. Ce n’est pas faux. C’est simplement très insuffisant. Réduire Riddhi à l’argent reviendrait un peu à réduire la cuisine à la facture du supermarché : cela fait partie de l’ensemble, mais on a perdu l’essentiel en route.
Riddhi concerne ce qui croît, s’accomplit, se développe et prend forme. Elle touche donc à l’argent, bien sûr, mais aussi au corps, à la santé, aux ressources, à l’habitat, à la nourriture, au travail, à la sexualité, à la puissance créatrice et, plus largement, à notre capacité à exister concrètement dans le monde.
Une intention peut être magnifique. Une vision peut être lumineuse. Une pratique peut être très subtile. Mais à un moment, il faut que quelque chose descende dans la matière. Il faut un corps pour pratiquer, une pièce pour s’asseoir, du temps disponible, de l’énergie, parfois de l’argent, et surtout cette étrange faculté qui transforme le possible en réel.
Une idée n’a pas de poids. Un désir n’a pas de poids. Une intention n’a pas de poids. Riddhi commence lorsque quelque chose prend corps.
Une précision importante avant de commencer
Riddhi n’apparaît pas partout de la même manière dans les traditions consacrées à Ganesh. Selon les textes, les régions, les époques et les lignées, les puissances féminines qui lui sont associées changent.
Le Shiva Purana, par exemple, raconte le mariage de Ganesh avec Siddhi et Buddhi. À l’inverse, d’autres traditions et représentations iconographiques montrent Ganesh accompagné de Riddhi et Siddhi. Une célèbre chromolithographie indienne du début du XXe siècle conservée au Metropolitan Museum of Art le représente précisément entre ces deux compagnes.
La triade Riddhi, Siddhi et Buddhi utilisée dans l’approche tantrique du Nâtha Yoga présentée ici ne doit donc pas être transformée en formule universelle valable pour toutes les traditions. Dans cette transmission, elles sont envisagées comme trois modalités d’une même puissance : matière, cœur et conscience.
Autrement dit, inutile de chercher l’organigramme officiel de Ganesh avec trois cases parfaitement alignées. Les traditions indiennes ont rarement cette délicatesse envers ceux qui aiment les classements bien propres.
Sommaire
Que signifie Riddhi ?
Le mot sanskrit ṛddhi possède un champ de sens beaucoup plus large que notre mot « richesse ». Les dictionnaires sanskrits donnent notamment les idées d’accroissement, croissance, prospérité, succès, bonne fortune, abondance et accomplissement.
Ce qui m’intéresse ici est le mouvement contenu dans le mot. Riddhi n’évoque pas uniquement ce que l’on possède déjà. Elle évoque ce qui augmente, ce qui se développe, ce qui arrive à maturité. Une graine devient plante. Une intention devient projet. Un projet trouve les moyens d’exister. Une pratique répétée transforme progressivement celui qui pratique.
C’est pour cette raison que « prospérité » reste une traduction possible, mais qu’elle devient trompeuse si nous l’entendons uniquement au sens financier. La prospérité peut être celle d’un corps qui retrouve de la vitalité et de la disponibilité, d’une maison dans laquelle on peut vivre correctement, d’un travail qui permet de tenir debout, d’une relation saine aux ressources ou d’un projet qui cesse enfin de vivre exclusivement dans un carnet de notes.
Riddhi pose donc une question simple, et parfois assez inconfortable :
qu’est-ce qui, dans ma vie, possède réellement les conditions nécessaires pour croître ?
Riddhi dans les traditions de Ganesh : rien n’est tout à fait uniforme
Lorsqu’on entre dans l’univers de Ganesh, il faut rapidement abandonner l’espoir de trouver une seule version définitive de chaque histoire. Sa naissance varie. Ses attributs varient. Les récits concernant sa défense cassée varient. Et les figures féminines ou les Shakti qui lui sont associées varient également.
Le Shiva Purana nomme Siddhi et Buddhi comme les deux filles de Vishvarupa données en mariage à Ganesh. D’autres traditions mettent plutôt en avant Riddhi et Siddhi. L’iconographie moderne indienne a largement diffusé cette seconde association : Ganesh entouré de Riddhi et Siddhi est devenu une image familière.
Il serait donc fragile d’affirmer : « Ganesh possède trois épouses nommées Riddhi, Siddhi et Buddhi », comme s’il s’agissait d’un fait identique dans toutes les écoles. Dans la lecture tantrique du Nâtha Yoga qui nous intéresse ici, le mot Shakti est plus utile que celui d’épouse. Il permet de considérer ces figures comme des puissances, des fonctions ou des modalités de l’énergie de Ganesh.
Riddhi
Matière
Corps, santé, ressources, stabilité, croissance, capacité de manifestation.
Siddhi
Cœur
Pensées, émotions, sentiments, résonances affectives et mouvement intérieur.
Buddhi
Conscience
Discernement, connaissance intérieure et dimension spirituelle de l’expérience.
Ce partage est fonctionnel. Il aide à travailler. Mais il ne signifie pas que trois énergies totalement séparées vivent chacune dans leur petite boîte. Dans la transmission du Nâtha Yoga que je suis ici, la puissance est une et se différencie selon le plan où elle agit.
De la prospérité à la manifestation
Le mot « manifestation » a connu ces dernières années une carrière spectaculaire. Il suffit parfois, paraît-il, de penser très fort à quelque chose, de vibrer correctement, de faire un tableau d’images et d’attendre que l’univers retrouve notre adresse.
Ce n’est pas de cela qu’il est question ici.
Dans une lecture tantrique, manifester signifie beaucoup plus simplement passer du potentiel à la forme. Quelque chose qui n’était qu’une possibilité acquiert une existence concrète. Cette transformation demande de l’énergie, des conditions, du temps, des actes, des moyens et souvent une bonne dose de persévérance.
Potentiel
→
Énergie & conditions
→
Forme manifestée
Riddhi appartient à ce passage. Elle n’est pas la promesse que tous nos désirs seront exaucés. Elle est la puissance grâce à laquelle quelque chose peut effectivement s’établir dans le monde.
Cette nuance change tout. Au lieu de demander « comment obtenir davantage ? », la question devient : « qu’est-ce qui doit être réuni pour que cela puisse prendre forme ? »
Pourquoi Riddhi appartient-elle à la matière ?
Dans la transmission utilisée ici, Riddhi correspond au plan matériel. Le terme ne désigne pas seulement les objets ou l’argent. La matière est tout ce qui possède une forme, une limite, une densité, une durée et des besoins.
Notre logement appartient à ce plan. Notre alimentation aussi. Le travail, les vêtements, les outils, le temps dont nous disposons, les ressources financières, l’environnement dans lequel nous vivons : tout cela constitue les conditions concrètes de notre existence.
Et surtout : le corps appartient lui aussi à la matière.
C’est tellement évident qu’on finit parfois par l’oublier dans les milieux spirituels. On parle de conscience, d’énergie, d’états intérieurs et de transcendance, mais tout cela se déroule, pour l’instant, à travers un organisme qui demande régulièrement de dormir, de manger, de boire et de ne pas être assis huit heures de suite dans une posture héroïque simplement parce que notre ego a décidé que bouger serait un signe de faiblesse.
La matière n’est pas l’ennemie de la pratique. Elle en est la condition.
Riddhi, le corps et la santé
Le document de transmission sur lequel s’appuie cet article associe explicitement Riddhi au corps et à la santé. Cela peut surprendre si l’on a réduit Riddhi à la prospérité financière, mais devient parfaitement logique dès que l’on comprend son domaine comme celui du plan matériel.
La santé est alors envisagée comme une qualité d’équilibre de ce plan : capacité du corps à tenir, récupérer, s’adapter, disposer de ressources et maintenir une certaine cohérence.
Cette lecture rejoint une autre notion importante du travail autour de Ganesh : celle d’homéostasie, c’est-à-dire de maintien d’un équilibre dynamique malgré les sollicitations internes et externes. Le corps n’est jamais immobile. Il ajuste, compense, transforme, dépense et reconstitue sans cesse.
Riddhi peut servir de support symbolique à cette attention au corps : est-il nourri correctement ? suffisamment reposé ? soumis à des rythmes impossibles ? respecté dans ses limites ? possède-t-il les conditions matérielles nécessaires pour fonctionner ?
Une précision essentielle : parler ici de Riddhi, de rituel ou de mantra comme supports symboliques et yogiques ne signifie pas qu’ils diagnostiquent ou traitent une maladie. Une pratique de yoga ou un rituel ne remplace pas un avis médical ni un soin approprié lorsqu’il est nécessaire.
La base, le noir et le rouge profond
Dans cette transmission du Nâtha Yoga, Riddhi est reliée au granthi de la base, dans un univers symbolique proche de la terre, de Muladhara et des fondations de l’être. Sa couleur est décrite comme noire, teintée de rouge très sombre.
Il faut être prudent : il ne s’agit pas d’un code universel que l’on retrouverait dans toutes les iconographies de Riddhi. Nous sommes ici dans une grammaire symbolique propre à une pratique.
Le noir évoque la profondeur, la densité, l’obscurité de ce qui n’est pas encore clairement différencié. Il peut renvoyer à la terre, au caché, à ce qui repose en dessous de la surface. Le rouge ajoute la chaleur, la vie, le mouvement et l’impulsion créatrice.
Ce mélange convient bien à Riddhi : une énergie qui doit devenir dense sans devenir inerte. La matière ne signifie pas immobilité. Tout ce qui vit dans la matière est en transformation permanente.
Le texte de transmission insiste d’ailleurs sur le fait que Riddhi peut rester relativement libre dans sa représentation : deux bras, quatre bras, six bras… peu importe. Ce qui importe davantage est sa fonction et sa couleur. Une énergie qui préside au monde matériel ne se laisse pas facilement enfermer dans une forme unique.
Désir, consommation et ressources : là où Riddhi se dépense
Vivre dans le monde signifie consommer de la matière et de l’énergie. Nous mangeons, chauffons une maison, utilisons des objets, gagnons et dépensons de l’argent, entretenons un corps, travaillons, construisons, réparons, achetons, jetons et recommençons.
Il ne s’agit pas d’en faire un problème moral. Consommer fait partie de l’existence matérielle. Le problème commence plutôt lorsque nous cessons de voir ce que coûte réellement ce que nous désirons : en argent, en énergie, en temps, en attention ou en santé.
Riddhi devient alors une excellente grille de lecture. Non pas : « ai-je assez ? », mais :
Qu’est-ce que j’alimente ?
Qu’est-ce qui m’alimente ?
Qu’est-ce qui me vide ?
Et où part l’énergie matérielle dont j’ai réellement besoin pour vivre et agir ?
Une personne peut disposer de beaucoup de ressources et être incapable de les organiser. Une autre peut avoir peu, mais savoir parfaitement faire circuler ce dont elle dispose. La prospérité n’est donc pas seulement une quantité. Elle suppose aussi une intelligence du rapport aux ressources.
C’est ici que Riddhi devient plus intéressante que le slogan de l’abondance. Elle ne demande pas simplement d’attirer. Elle demande de construire, maintenir, nourrir et faire durer.
Riddhi, sexualité et puissance créatrice
Dans la retranscription du stage qui sert de fil conducteur à cette série, la relation entre Ganesh et Riddhi peut prendre une forme explicitement sexuelle dans certaines représentations tantriques. L’image est volontairement forte : elle renvoie à la créativité, à la puissance de vie et à la capacité de donner forme, d’engendrer et de créer.
Je préfère immédiatement ajouter une réserve : il ne faut pas transformer cette image en règle universelle de l’iconographie de Ganesh. Les représentations diffèrent largement selon les milieux et les époques. Ici, nous l’utilisons comme langage symbolique d’une transmission tantrique particulière.
Pourquoi la sexualité apparaît-elle à cet endroit ? Dans cette lecture, la sexualité apparaît comme l’une des expressions les plus évidentes d’une énergie capable d’unir, de transmettre, d’engendrer et de créer. La sexualité ne se réduit donc pas ici au plaisir ou à la reproduction. Elle devient l’une des expressions de la puissance de création.
Cette créativité peut évidemment prendre d’autres formes : concevoir un projet, fabriquer un objet, écrire, enseigner, bâtir une maison, transformer une situation. Chaque fois qu’une énergie intérieure devient quelque chose qui n’existait pas auparavant, nous retrouvons ce mouvement de passage vers la manifestation.
Matière et spiritualité : de faux ennemis
Une vieille habitude consiste à classer les choses : en bas, la matière ; en haut, l’esprit. En bas, le corps, l’argent, le sexe et les besoins ordinaires. En haut, la conscience, le silence, la méditation et tout ce qui possède suffisamment de syllabes sanskrites pour paraître respectable.
Le tantrisme se méfie précisément de cette séparation trop confortable.
Si le monde manifesté est une expression de l’énergie, la matière ne se situe pas hors du spirituel. Elle en est l’une des formes. Le problème n’est pas d’avoir un corps, de l’argent ou des possessions. Le problème commence lorsque nous en devenons dépendants, lorsque nous confondons ce que nous avons avec ce que nous sommes, ou lorsque nous utilisons mal les ressources dont nous disposons.
Riddhi oblige ainsi à regarder en face une dimension que l’on aimerait parfois sauter. Il n’existe pas de pratique désincarnée. Même pour méditer sur le vide absolu, il est préférable d’avoir un coussin à peu près convenable et de ne pas avoir oublié de payer le chauffage.
La spiritualité est très belle. Mais jusqu’à preuve du contraire, même le yogi mange, dort quelque part et pratique avec un corps.
Riddhi s’occupe précisément de ce petit détail.
De l’intention à l’action : ce que Riddhi demande réellement
Dans le travail rituel transmis autour de Ganesh, on ne commence pas sans intention. Il faut savoir pourquoi l’on pratique. Cela ne veut pas dire que tout doit être contrôlé ou formulé comme un contrat. Cela signifie qu’une énergie a besoin d’une direction.
Riddhi rappelle surtout qu’une intention qui ne rencontre jamais l’action reste incomplète.
Je peux vouloir être en meilleure forme et continuer à dormir quatre heures. Je peux vouloir écrire un livre et ne jamais dégager une heure pour écrire. Je peux vouloir une situation financière plus stable et refuser obstinément de regarder un relevé de compte. Je peux souhaiter développer une pratique quotidienne et laisser systématiquement le téléphone décider de l’heure à laquelle commence ma matinée.
À ce niveau, pas besoin d’une grande métaphysique. Le passage du désir à la manifestation demande de créer des conditions.
Riddhi n’est pas la magie qui dispense d’agir. Elle est précisément la puissance qui oblige l’intention à rencontrer la matière.
Demander implique aussi de donner
Un aspect du rituel décrit dans la transmission est particulièrement intéressant : lorsqu’une demande est formulée, elle s’accompagne d’un don.
Ce don n’est pas présenté comme le paiement d’une faveur divine. Il sert plutôt à éviter que le rituel fonctionne comme une machine à sens unique : « je demande, l’univers livre, merci beaucoup ». L’échange doit engager le pratiquant.
Le don peut prendre la forme d’une action, d’une discipline, d’une attention répétée ou de quelque chose qui coûte réellement un peu d’effort. Dans la retranscription, il peut s’étendre sur un cycle lunaire afin que l’intention continue de vivre après le moment rituel.
Cette idée me paraît essentielle même en dehors du rituel. Si je souhaite que quelque chose prenne forme, qu’est-ce que je suis prêt à lui donner ? Du temps ? De l’argent ? De l’attention ? Un renoncement ? Une discipline ? Une compétence à acquérir ?
À cet endroit, Riddhi quitte définitivement le rayon « pensée positive ».
Le mantra de Riddhi
Dans la pratique transmise lors du stage, le mantra associé à Riddhi est :
Mantra de Riddhi
OM GAM GAṆAPATAYE GAM OM
Dans cette pratique, le mantra est associé à Ganesh, à la visualisation de Riddhi et à un travail sur le souffle. Il serait cependant trompeur de l’isoler de cet ensemble pour le présenter comme une formule autonome destinée à attirer la prospérité.
Un mantra n’est pas seulement une phrase que l’on répète pour obtenir quelque chose. Dans la pratique tantrique, il organise l’attention, le souffle, le rythme, l’image intérieure et la relation au symbole.
Certaines pratiques ne seront volontairement pas détaillées ici
Le travail complet autour de Riddhi associe notamment mantra, yantra, visualisation, bhastrika, rétentions et cadre rituel. Ces éléments gagnent à être appris dans leur contexte plutôt que réduits à une recette en cinq étapes.
On pourrait évidemment écrire : « répétez le mantra cent huit fois, fixez un triangle rouge et attendez la prospérité ». Ce serait très pratique. Ce serait également une excellente manière de passer à côté de presque tout.
Riddhi, Siddhi et Buddhi : trois fonctions, une seule énergie
Le point le plus important de cette approche est peut-être celui-ci : Riddhi n’existe pas isolément.
S’il y a partage des fonctions, il n’y a pas partage de l’énergie. Riddhi, Siddhi et Buddhi représentent « un qui se divise en trois ».
Cette phrase évite immédiatement une erreur fréquente : croire que l’être humain serait constitué de trois tiroirs parfaitement séparés : un matériel, un émotionnel et un spirituel.
Ce que nous faisons avec le corps affecte le mental. Les émotions modifient notre rapport au corps. Une transformation de notre manière de percevoir le monde influence nos choix matériels. Une difficulté financière peut épuiser le cœur et l’attention. Une pratique intérieure peut modifier notre façon de consommer, de travailler ou de prendre soin de nous.
Matière, cœur, conscience : trois expressions, mais une même source.
Riddhi, Siddhi et Buddhi deviennent ainsi trois façons d’observer une même réalité vivante. On commence par la matière non parce qu’elle serait inférieure, mais parce qu’elle est immédiatement là. C’est le sol sur lequel tout le reste se construit.
Quand l’énergie s’épuise dans le monde : revenir à la source
Une autre idée forte de cette transmission est que les trois Shakti agissent dans le monde manifesté et peuvent, d’une certaine manière, s’user dans leur activité. Riddhi est sollicitée par les besoins matériels, Siddhi par les mouvements du cœur et du mental, Buddhi par l’activité de la conscience dans le monde.
Il ne faut pas forcément comprendre cette « usure » comme une batterie ésotérique mesurable. Elle fournit surtout une image extrêmement utile de notre expérience : nous nous dispersons, nous dépensons, nous sommes aspirés par les sollicitations extérieures, et nous perdons parfois le contact avec ce qui nous nourrit profondément.
Le travail avec Ganesh consiste alors à rétablir une circulation entre le manifesté et la source. Dans la cosmologie utilisée au cours du stage, cette source est située symboliquement sous la terre, dans l’espace caché de Kundalini, là où Shiva et Shakti demeurent unis.
Riddhi peut donc être comprise comme un mouvement en trois temps :
1 · Descendre
Retourner
Revenir à la base, au corps, au silence et à ce qui nourrit avant de produire davantage.
2 · Se relier
Retrouver la source
Réunir à nouveau la fonction matérielle avec une source plus profonde que le simple désir de posséder.
3 · Remonter
Manifester
Revenir dans l’action avec davantage de cohérence, de ressources et de direction.
C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles Ganesh garde le passage. Il ne s’agit pas seulement de faire sortir l’énergie vers le monde. Il faut aussi savoir revenir.
Riddhi dans la pratique du Nâtha Yoga
Dans le Nâtha Yoga, le travail autour de Riddhi peut utiliser la posture, le souffle, les rétentions, le mantra, le yantra, la visualisation et le rituel. Le corps entier devient alors le lieu où la symbolique prend sens.
Riddhi est reliée au granthi de la base et au plan matériel, dans une symbolique proche de la terre, de l’ancrage et des fondations. Ganesh reste le gardien de l’articulation entre intérieur et extérieur. Le pratiquant ne cherche pas seulement à « obtenir » quelque chose : il travaille sur sa relation à la matière, à ses propres ressources et à la capacité de laisser une intention devenir forme sans perdre le lien avec sa source.
Cette pratique suppose déjà une certaine familiarité avec le prânâyâma, les rétentions, les mantras, le yantra et la visualisation. C’est précisément pour cette raison que je n’en donne pas ici le protocole complet.
Atelier · La Crau · 7 novembre 2026
Approfondir Riddhi dans la pratique
Une journée de Nâtha Yoga consacrée au plan matériel : corps, santé, ressources, base, souffle, yantra, mantra et rituel de Riddhi. Cet atelier s’adresse aux pratiquants confirmés.
Pour aller plus loin, le stage rituel à Ganesh réunit un petit groupe quatre jours dans les Hautes-Alpes, du 6 au 9 mai 2027.
Riddhi dans la vie quotidienne : regarder ce qui tient réellement debout
Même sans effectuer le rituel, la symbolique de Riddhi peut devenir une excellente question quotidienne.
Quels sont les supports matériels qui permettent à ma vie de tenir ? Lesquels sont fragiles ? Où est-ce que je dépense de l’énergie sans véritablement nourrir quelque chose ? Qu’est-ce que je souhaite voir grandir, et qu’est-ce que je nourris réellement par mes actes ?
Il peut s’agir de choses extrêmement simples. Dormir davantage. Ranger un espace devenu invivable. Réorganiser un budget. Préparer réellement les repas que l’on prétend vouloir manger. Prendre un rendez-vous que l’on repousse depuis trois mois. Réserver une plage de travail. Réparer ce qui est cassé. Abandonner ce qui consomme continuellement du temps, de l’énergie ou de l’argent sans plus rien nourrir de vivant.
Tout cela est beaucoup moins spectaculaire qu’une grande promesse d’abondance cosmique. Mais c’est précisément le territoire de Riddhi : ce qui permet à une forme de naître, puis de tenir.
Quelques questions très Riddhi
Qu’est-ce qui manque concrètement pour que ce projet existe ?
Mon corps possède-t-il les ressources nécessaires à ce que je lui demande ?
Où vont mon argent, mon temps et mon énergie ?
Qu’est-ce que je nourris chaque jour sans même m’en rendre compte ?
Ces questions n’ont rien de mystique. Et c’est peut-être pour cela qu’elles sont si utiles.
Riddhi : la prospérité comme capacité à faire vivre
Riddhi est souvent traduite par prospérité. Après tout ce parcours, je garderais volontiers ce mot, mais à condition de lui rendre sa profondeur.
Prospérer ne signifie pas simplement accumuler. Cela signifie croître de manière viable. Une plante qui pousse trop vite sans racines solides ne prospère pas longtemps. Une activité qui rapporte de l’argent tout en épuisant le corps qui la porte ne peut pas vraiment être qualifiée de prospère. Un projet qui absorbe toute l’attention au point d’assécher le reste de la vie finit par devenir sa propre forme d’obstacle.
Riddhi demande donc de réunir deux choses que nous séparons souvent : l’élan de croissance et la capacité de soutenir cette croissance.
Elle nous rappelle aussi que la matière n’est pas un embarras provisoire dont il faudrait s’extraire pour devenir spirituel. Elle est l’un des lieux où la conscience devient expérience, action, relation et création.
Ganesh reste assis au seuil. Riddhi, elle, s’occupe de ce qui passe de l’autre côté et commence réellement à prendre forme.
Riddhi n’est pas « avoir davantage ». C’est disposer de ce qui permet à quelque chose de juste de naître, de croître et de tenir dans le monde.
Prochain volet
Siddhi : quand l’énergie entre dans le cœur
Après la matière vient le domaine des pensées, des émotions et des sentiments. Siddhi nous conduira vers le granthi du cœur, là où l’énergie ne doit plus seulement prendre forme, mais entrer en résonance.
Sources et repères
- Monier-Williams Sanskrit Dictionary — ṛddhi — sens du terme : croissance, accroissement, prospérité, succès, bonne fortune, richesse, abondance.
- Shiva Purana, récit du mariage de Ganesh — version nommant Siddhi et Buddhi comme épouses de Ganesh.
- Metropolitan Museum of Art — Ganesha with his consorts Riddhi and Siddhi — exemple iconographique indien, vers 1900–1915, associant Ganesh à Riddhi et Siddhi.
Et vous ?
Quelle place la matière occupe-t-elle dans votre pratique ?
Riddhi nous oblige à regarder une question que l’on préfère parfois laisser discrètement sous le tapis de yoga : notre rapport au corps, à la santé, aux ressources, au désir et à la vie matérielle.
Une question, une remarque, une expérience ou simplement une autre manière de comprendre Riddhi ? Vous pouvez la partager dans les commentaires ci-dessous. Les désaccords sont également les bienvenus : si tout le monde était toujours d’accord, même Ganesh finirait probablement par s’ennuyer.
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