
Au début
Apprendre le langage
On découvre les formes de base, le point central, les triangles qui montent et ceux qui descendent, la façon de construire proprement. On apprend à regarder.
FORME ET VIBRATION
Un yantra n’est pas une décoration. Un mantra n’est pas une formule magique. Ensemble, ils forment l’un des outils les plus précis du yoga tantrique pour apprendre à rassembler l’attention.
Il y a ceux qui accrochent un yantra au-dessus du canapé parce que « ça fait zen ». Et ceux qui répètent un mantra en espérant que ça règle la réunion de demain. Dans le Nâtha Yoga, on fait un peu autre chose : on construit une forme, on lui associe un son, on respire, on se concentre. Et on découvre que le mental, face à un triangle bien tracé, a beaucoup moins de choses à raconter.

LA FORME
En sanskrit, yantra signifie « outil », « support » ou « machine ». Une machine, donc. Pas un poster.
Concrètement, un yantra est une figure géométrique faite de points, de triangles, de cercles, de lotus, de carrés, construite selon des proportions précises. Chaque forme a un sens dans la tradition tantrique, mais ce n’est pas le plus important pour commencer. Ce qui compte, c’est ce qu’on en fait : un support pour la concentration.
Le principe est simple, et redoutable. Quand on fixe le regard sur une forme précise, le mental n’a plus de raison de partir dans quarante directions. Il se rassemble. C’est ce que la tradition appelle dhâranâ, la concentration, et c’est la raison pour laquelle le yantra est utilisé depuis des siècles comme support de fixation du regard (trâtaka).
Autrement dit, un yantra ne sert pas à être regardé de loin en soupirant d’admiration. Il sert à être regardé de très près, longtemps, jusqu’à ce que le regard et l’attention cessent de courir partout.

LE SON
Un mantra est un son, un mot ou une phrase sonore utilisé comme support de pratique. Traditionnellement, on le comprend comme un instrument de la pensée : il sert à diriger l’esprit au lieu de le laisser vagabonder.
Là encore, la réputation dépasse un peu la réalité. Non, un mantra n’est pas un code secret qui ouvre des portes cosmiques. Non, le répéter cent huit fois ne remplace pas un travail de fond. Ce qui lui donne de la valeur, c’est la précision : l’énonciation, le rythme, le souffle qui l’accompagne, la visualisation, la concentration.
Parmi les mantras, certains sont dits bîja, des « germes » : des syllabes courtes, très concentrées, associées à des centres d’énergie, à des formes ou à des divinités. Dans le Nâtha Yoga, on les travaille avec attention, parce qu’une syllabe prononcée distraitement a l’effet d’une syllabe prononcée distraitement.

FORME + SON + SOUFFLE
Parce que l’un travaille avec la forme et l’autre avec la vibration. Le yantra donne une direction à l’œil. Le mantra donne un rythme à l’oreille intérieure. Le souffle relie les deux.
Séparément, c’est déjà intéressant. Ensemble, c’est plus puissant, et surtout plus stable : la forme fixe, le son met en mouvement. L’une donne une structure, l’autre une pulsation. Peu à peu, la pratique devient moins descriptive et plus perceptive. On cesse de penser à son yantra, on le regarde. On cesse de réciter son mantra, on l’écoute.
À cela s’ajoutent d’autres outils de la tradition : la visualisation, le prânâyâma, le nyâsa (poser mentalement des syllabes ou des formes sur le corps) et le rituel. Rien n’est isolé. C’est tout l’intérêt de cette approche, et c’est aussi ce qui la distingue d’un cours de dessin géométrique accompagné d’une bande-son d’ambiance.

LE TRACÉ
Construire un yantra demande de mesurer, aligner, reprendre, corriger et recommencer. C’est exactement ce qui en fait un excellent support : l’attention ne peut pas rester complètement distraite. Si elle part faire les courses, la ligne dévie.
Le tracé n’est donc pas un atelier créatif, c’est un exercice de concentration. La main dessine quelque chose à l’extérieur pendant que l’attention apprend à faire un peu moins de bruit à l’intérieur.
Et non, il n’est pas nécessaire de savoir dessiner. La précision demandée est celle de la pratique, pas celle d’un architecte. Les imperfections font d’ailleurs partie de la beauté d’un yantra tracé à la main : celui qui n’a jamais eu une ligne de travers n’a probablement jamais été distrait, ou jamais tracé.

LA PROGRESSION

Au début
On découvre les formes de base, le point central, les triangles qui montent et ceux qui descendent, la façon de construire proprement. On apprend à regarder.

Ensuite
On travaille sur des yantra associés à des figures de la tradition tantrique : Ganesh, Shiva et Shakti, les dix Mahâvidyâ, le Shrî Yantra. On associe les mantra, les bîja, le souffle, la visualisation.

Plus tard
Le yantra n’est plus seulement une figure, il devient un lieu de pratique. On apprend à y entrer, à y rester, à le faire exister en soi, jusqu’à construire son propre lieu de force. Là, on quitte nettement le domaine du « joli dessin ».
Précision utile : ces dernières étapes ne s’improvisent pas. Elles demandent de l’expérience et un accompagnement. On ne commence pas le yoga par le Shrî Yantra, comme on ne commence pas la cuisine par le soufflé au grand marnier.
GANESH
Dans la tradition, Ganesh est associé aux commencements, aux passages et aux obstacles. On le réduit souvent au sympathique « dieu qui enlève les obstacles ». C’est un peu court.
Dans la pratique, l’obstacle est surtout un révélateur : impatience, dispersion, rigidité, besoin d’aller vite, difficulté à rester devant la même tâche. Le yantra rend ces mécanismes particulièrement visibles. Ganesh n’enlève pas forcément les obstacles. Il a parfois la mauvaise habitude de vous demander de regarder comment vous les fabriquez.
C’est pour cette raison qu’il sert souvent de premier support de travail, notamment avec son mantra Om Gam Ganapataye Namah. C’est lui aussi qui ouvre le cycle d’ateliers Riddhi, Siddhi et Buddhi et plusieurs soirées ritualisées à La Crau.

SANS CROYANCE REQUISE
Non. Le Nâtha Yoga s’inscrit dans une tradition shivaïte, avec ses images, ses figures et son vocabulaire. On les respecte et on les étudie. Mais il n’est pas demandé d’y adhérer.
La pratique est technique, précise et expérientielle. On regarde ce qui se passe quand l’attention est fixée, quand le souffle suit un rythme, quand un son est répété avec soin. Le reste, chacun en fait ce qu’il veut.

PAR OÙ COMMENCER
Un atelier de quelques heures suffit pour comprendre ce qu’est la fixation sur un yantra. Il est ouvert à tous : pas besoin de souplesse, pas besoin de savoir dessiner, juste un peu de curiosité et la capacité de rester assis sans consulter son téléphone. Retrouvez les ateliers à venir.
Le stage de Noël consacré à Ganesh propose trois matinées, du 21 au 23 décembre 2026 à La Crau, pour construire un yantra, y associer le mantra et pratiquer devant lui. Un minimum de pratique du Nâtha Yoga est demandé.
La formation Yantra & Mantra est un parcours de trois ans, avec dix-huit rencontres. Dix-huit yantra étudiés et réalisés, cinquante-quatre mantra pratiqués, du dessin, de la peinture sur toile, de la concentration, du nyâsa, du rituel. Elle s’adresse à des pratiquants expérimentés, et pas aux débutants.

POUR ALLER PLUS LOIN






LES QUESTIONS QU’ON ME POSE
Non. Le yantra se construit à partir de repères géométriques précis, expliqués progressivement. Votre principal outil sera votre attention.
Il appartient à la tradition tantrique et en porte le vocabulaire. Mais on l’utilise ici comme un outil de concentration, sans demander de croyance particulière.
À donner un support à l’attention, par le son, le rythme et le souffle. Utilisé avec précision, il aide à rassembler l’esprit. Utilisé n’importe comment, il fait surtout du bruit.
On peut découvrir le principe dans un atelier ouvert à tous. Les pratiques plus avancées demandent déjà une base de yoga, de souffle et de concentration.
Les deux sont des figures géométriques utilisées comme supports de méditation. Le yantra, dans la tradition tantrique, est construit avec des proportions précises et associé à des mantras, des bîja et des pratiques rituelles.
Après la première rencontre, l’engagement porte sur l’ensemble du cursus : les rencontres construisent un tout, elles ne sont pas dix-huit ateliers indépendants.
ENVIE DE COMMENCER ?
Si vous avez envie de comprendre ce que la géométrie change dans l’attention, commencez par un atelier ou un stage. Si l’envie devient plus sérieuse, la formation vous attend. Avec beaucoup de triangles.