Voici ce qui distingue le plus le prânâyâma traditionnel des exercices respiratoires de nombreux cours de yoga : le kumbhaka, la rétention ou suspension du souffle. Les Yoga Sûtra de Patañjali présentent le prânâyâma à travers la modification, puis la suspension des mouvements inspiratoires et expiratoires. La Hatha Yoga Pradîpikâ, la Shiva Samhitâ ou certaines Upanishad accordent aux rétentions une importance considérable, jusqu’à évoquer des durées extraordinaires. Ces descriptions expriment un idéal de maîtrise et de transformation spirituelle, pas une invitation à battre un record d’apnée entre deux postures.
Sahita kumbhaka, la rétention volontaire, s’intègre dans un cycle respiratoire structuré : posture, respiration, attention, contractions internes et parfois mantra ou visualisation. Ce qui compte, c’est la cohérence de l’ensemble, pas la durée.
Kevala kumbhaka, la suspension spontanée, est une autre expérience : le souffle se suspend sans effort conscient pour le maintenir, et les textes l’associent à des états profonds de concentration et d’immobilité mentale. Elle relève de l’expérience yogique traditionnelle. Elle ne signifie pas que l’organisme pourrait se passer durablement d’oxygène, et elle ne justifie jamais de provoquer artificiellement une absence de respiration.
Ce rapport au manque, les mudrâ le prolongent, et c’est aussi ce que l’on explore, en douceur et en silence, pendant le stage de jeûne sec.
Une rétention ne devient pas spirituelle simplement parce qu’elle dure longtemps.
Sinon, les champions d’apnée seraient automatiquement des maîtres réalisés.