
Un fil
Une cohérence
Les techniques ne sont pas un buffet : elles s’enchaînent selon une logique. Posture, souffle, verrous, concentration, son, méditation.
LA TRADITION
Le Nâtha Yoga n’est pas sorti d’une salle de sport en 1998. Il puise dans une tradition de yogis shivaïtes dont les récits se perdent dans les brumes de l’Inde médiévale. Ce que j’enseigne en est un héritage laïque, pas une affiliation.
Quand on dit « Nâtha Yoga », certains entendent « un yoga venu de nulle part » et d’autres « un yoga très ancien, donc forcément mystérieux ». La réalité est plus intéressante : une tradition de yogis ascètes, de maîtres légendaires, de textes techniques et de querelles d’historiens, et un enseignement laïque qui s’en inspire, jusqu’à La Crau.

LES NÂTHA
Le mot sanskrit nâtha signifie « seigneur », « protecteur », « maître ». Les Nâtha forment une tradition de yogis rattachée au shivaïsme, c’est-à-dire à la grande famille des courants de l’Inde qui reconnaissent Shiva comme principe suprême. Leurs initiés portent traditionnellement des noms qui se terminent par -nâth, et ils se sont longtemps appelés tout simplement « yogis ».
Ce sont des ascètes, parfois itinérants, parfois installés dans des monastères, et il existe aussi, depuis longtemps, une tradition de pratiquants mariés qui vivent dans le monde. Leur particularité : ils ont fait du corps le lieu même de la réalisation spirituelle. Ni fuite hors du monde, ni mépris de la matière : on travaille avec le corps, le souffle, l’énergie et l’attention, et on voit ce qui se passe.
Pour une tradition censée s’intéresser à l’intériorité, c’est remarquablement concret.

LA CHAÎNE DES MAÎTRES
Dans la tradition, tout commence avec Shiva lui-même, appelé ici Âdinâtha, « le premier seigneur », premier maître de tous les yogis. Il aurait transmis l’enseignement à une lignée de maîtres, dont deux figures dominent : Matsyendranâth et Gorakhnâth.
Matsyendranâth est présenté par les récits traditionnels comme un pêcheur devenu siddha, un maître accompli. On lui attribue plusieurs textes tantriques, mais ces attributions restent incertaines. Selon les sources, on le situe entre le VIIIe et le Xe siècle.
Gorakhnâth, son disciple, est la grande figure de la tradition. On lui attribue le rôle de fondateur de l’ordre des yogis Nâtha et la mise en forme de nombreuses techniques. Des textes comme le Gorakshashataka et le Siddha Siddhânta Paddhati lui sont associés. Les historiens hésitent sur sa date, quelque part entre le XIe et le XIVe siècle, selon les travaux. Les hagiographies, elles, le décrivent comme un être qui échappe au temps et apparaît à toutes les époques. Chacun choisit sa méthode de datation.

L’HÉRITAGE
Les yogis Nâtha sont considérés comme l’une des sources majeures de ce qu’on appelle aujourd’hui le haṭha yoga : postures, souffles, verrouillages (bandha), sceaux (mudrâ), techniques de concentration. Les spécialistes discutent encore de l’ampleur exacte de leur rôle, d’autres courants ayant aussi participé à cette histoire, mais leur influence sur les textes et sur la pratique est considérable.
Leur apport tient à une idée forte : le corps n’est pas un obstacle à dépasser, c’est un outil à affiner. D’où l’importance des techniques très précises sur le souffle, le travail énergétique, la maîtrise de l’attention, l’écoute du son intérieur.
Autrement dit, quand vous croisez ailleurs un prânâyâma, un bandha ou un mudrâ, vous êtes un peu chez eux. Certains viennent d’ailleurs dans leur forme d’origine, d’autres ont perdu en chemin une partie du mode d’emploi.

LE SHIVAÏSME
Le shivaïsme n’est pas une religion unique avec un catéchisme, mais un ensemble de courants qui placent Shiva au centre. Dans les traditions tantriques dont les Nâtha sont proches, Shiva représente la conscience, et Shakti l’énergie qui se manifeste. Le yoga, dans cette perspective, est l’art de réunir ces deux dimensions en soi : la conscience et l’énergie, l’attention et le souffle.
On y trouve donc des divinités, des rituels, des mantras, des yantras, un vocabulaire riche et des images parfois spectaculaires. Tout cela fait partie de la tradition et mérite d’être respecté et étudié.
Mais il n’est pas demandé d’y adhérer. Le Nâtha Yoga se pratique comme un travail : on observe ce qui se passe quand le souffle est organisé, quand l’attention est fixée, quand un son est répété avec précision. Les symboles servent d’outils. Ce que chacun en pense relève de sa liberté, ce qui est plutôt rassurant pour un yoga lié à des divinités à plusieurs bras.

ENSEIGNEMENT LAÏQUE
Précision importante : l’enseignement que je suis et que je transmets est un Nâtha Yoga laïque. Je ne suis pas moine, je n’appartiens pas à la samprâdâya Nâtha, c’est-à-dire à l’ordre traditionnel des yogis Nâtha, avec son initiation, ses monastères et ses règles, et je ne prétends pas en être le représentant. Pas de robe safran, pas de cendres sur le front : le catalogue des accessoires a été volontairement réduit.
Ce que je transmets, ce sont les techniques, les textes et la vision de cette tradition, telles que je les ai reçues, pratiquées et étudiées. Si le mot « lignée » laisse entendre une initiation ou une filiation formelle, je préfère le dire clairement : ce n’est pas mon cas.
Concrètement, cela veut dire une pratique sans croyance obligatoire, sans cérémonie d’entrée, sans hiérarchie spirituelle, et avec le plus grand respect pour la tradition dont tout cela est issu. On peut apprécier une cuisine sans être cuisinier de la famille.

LA TRANSMISSION
Un enseignement, ce n’est pas un tampon sur un diplôme. C’est une chaîne de personnes réelles qui ont pratiqué, transmis, corrigé.
Ce que j’ai reçu m’a été transmis par Christian Tikhomiroff. Formé à Bénarès, dans une école de Nâtha Yoga, auprès du maître Icchânâth, il enseigne depuis 1984 près d’Aix-en-Provence. Il a également traduit des textes de référence, dont la Hathayogapradîpikâ, la Shivasamhitâ et la Gorakshapaddhati, et publié Le Banquet de Shiva, consacré aux yogis Nâtha.
C’est avec lui, et grâce à lui, que j’ai ouvert en 2001 l’école de Puyricard, où j’ai enseigné pendant plus de vingt ans, avant d’ouvrir une seconde école à Hyères, puis de tout recentrer à La Crau en 2022. Vingt-cinq ans de pratique, d’enseignement et de questions sans réponse immédiate, ce qui est plutôt bon signe.
Aujourd’hui, je le transmets à mon tour, de façon laïque, dans un centre agréé par la Fédération Française des Écoles de Yoga. Concrètement : un cours chaque mercredi soir, des ateliers, des stages et des formations, du prânâyâma au yoga nidrâ.

POURQUOI ÇA COMPTE
On peut très bien pratiquer sans connaître le nom d’un seul maître. Mais une tradition apporte trois choses qu’un tutoriel ne remplace pas.

Un fil
Les techniques ne sont pas un buffet : elles s’enchaînent selon une logique. Posture, souffle, verrous, concentration, son, méditation.

Une rampe
Les pratiques avancées, notamment les rétentions du souffle et certains mudrâ, ne s’improvisent pas. Un enseignant qui a lui-même été accompagné sait où sont les pièges, et c’est aussi ce que j’attends de moi-même.

Un recul
Savoir qu’on reçoit quelque chose de plus ancien que soi change le rapport à la pratique. On ne cherche plus à inventer, on cherche à comprendre.
POUR ALLER PLUS LOIN








LES QUESTIONS QU’ON ME POSE
Pas exactement. Le haṭha yoga est un ensemble de techniques (postures, souffles, verrous) que l’on retrouve dans beaucoup d’écoles. Le Nâtha Yoga est une tradition précise, avec sa vision de l’énergie et sa façon d’organiser ces techniques. Les Nâtha sont considérés comme l’une des sources majeures du haṭha yoga.
Non. Le vocabulaire et les symboles viennent du shivaïsme, mais la pratique se fait comme un travail précis sur le souffle, le corps et l’attention. Aucune croyance n’est demandée.
Un maître légendaire, considéré comme le grand organisateur de la tradition Nâtha, disciple de Matsyendranâth. Plusieurs textes de yoga lui sont attribués. Sa date exacte reste débattue par les historiens.
Oui. Il existe encore des monastères Nâtha en Inde, avec des ascètes et des pratiquants mariés. La tradition s’est aussi transmise en Occident par des enseignants formés en Inde.
Non. J’enseigne un Nâtha Yoga laïque, inspiré de cette tradition et de ses textes, sans en être un représentant ni un initié.
Christian Tikhomiroff, avec qui j’ai ouvert l’école de Puyricard en 2001. Il a lui-même été formé à Bénarès auprès du maître Icchânâth.
LA SUITE, C’EST LA PRATIQUE
Si vous voulez savoir ce que cette tradition donne concrètement, venez essayer un cours à La Crau. Les maîtres légendaires ne seront pas là. Moi, si, sans robe safran.