Une pratique de yoga pour : Allumer le feu… digestif

Olivier Clair Pratiques 1 Commentaire

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Tourner le temps à l’orage
Revenir à l’état sauvage
Forcer les portes, les barrages
Sortir le loup de sa cage
Sentir le vent qui se déchaîne
Battre le sang dans nos veines
Monter le son des guitares
Et le bruit des motos qui démarrent…..
Paroles d’une chanson très connue, le feu c’est la vie, c’est l’énergie

Le feu dans le yoga

Dans le yoga, le feu tient une place prépondérante car il est le soutient de la vie. Il nettoie le corps, le mental et l’énergie. Il permet de digérer les événements de la vie quotidienne. C’est lui qui donne clarté, lumière et joie intérieure…
Bien que tous les feux du corps soient issus du magma, sous la terre donc du centre d’énergie de la base : muladhara chakra, c’est au départ le travail sur le centre d’énergie du ventre qui va être prépondérant. Nous allons voir une pratique simple qui permet au quotidien d’entretenir la sphère abdominale : agni kriya ou les barattages.

Le ventre : un centre de vie

C’est dans le ventre que tout se passe. Assimilation, élimination tant au niveau de la nourriture physique qu’au niveau émotionnel et énergétique. On entend de plus en plus dire que le ventre c’est le deuxième cerveau. J’aurais plutôt tendance à dire que c’est le premier, c’est lui qui gère les émotions et donc notre fonctionnement et ce que nous sommes…
On dit que l’homme devient ce qu’il mange. Cela est sans nul doute vrai, mais il serait plus juste de dire qu’il devient ce qu’il ingurgite, tant au niveau physique, donc alimentaire qu’au niveau subtil, sensoriel et mental. Et certainement encore plus vrai, qu’il devient ce qu’il ne digère pas.
Il est sur qu’une nourriture avariée, trop lourde ou mal préparée n’aura pas des effets bénéfiques. Il en est de même en ce qui concerne ce que nous voyons, sentons, entendons, les pensées que nous recevons ?
De plus en plus de personnes font attention à leur alimentation physique et mangent bio, végétarien, vegan, cru… Mais qu’en est-il de nos pensées ? N’avons-nous pas intérêt à cultiver également des pensées légères et lumineuses pour nous en nourrir et trouver en nous des qualités équivalentes ?
olivier-clair-yoga-natha-coNous constatons facilement en regardant autour de nous que rares sont les gens positifs, détendus, souriants, équilibrés. Au fond de nous, nous savons qu’il n’est pas toujours aisé de résister aux idées négatives, inquiètes, moroses ou pessimistes.
Maintenir un état de légèreté permanente au niveau de nos pensées demande méthode et vigilance constante. Cette hygiène mentale est comme l’hygiène corporelle. Il n’est pas possible de croire que les choses sont faites une fois pour toutes. A qui viendrait l’idée de penser qu’une douche prise, il n’a plus besoin d’en prendre et qu’il est toujours propre !
Il nous faut donc nous entrainer sans relâche et grâce à des techniques de respirations, de concentration ou de méditation nous pouvons arriver à cette pureté mentale au quotidien.
En ce qui concerne la nourriture, il en va de même : bien manger ne suffit pas. Il faut encore que les organes d’assimilation et d’élimination soient en bon état de fonctionnement. Cela est d’autant plus important qu’une mauvaise assimilation et une mauvaise élimination sont plus fonction de l’état de tonicité de nos organes internes que de ce que l’on mange.
Un bon fonctionnement du système assimilation / élimination agit sur le plan physique mais aussi sur le plan énergétique et sur le plan mental. Une nourriture bien assimilée et bien éliminée nourrit les constituants du corps, donne une bonne tonicité, une grande légèreté.
En fin de compte, il est préférable de manger plus ou moins bien mais d’avoir des organes d’assimilation / élimination fonctionnant normalement, plutôt que l’inverse, c’est-à-dire de bien manger mais d’avoir une grande faiblesse à ces niveaux là. L’idéal est la combinaison des deux, mais comme souvent l’idéal n’a sa place que dans l’idéal, c’est aujourd’hui impossible car la pollution est partout, même dans les produits bios.
olivier-clair-yoga-natha-soDans un monde qui ne va pas vers une grande pureté de l’environnement, il est nécessaire d’avoir un « ventre » fonctionnant parfaitement. Ceci est finalement plus important que ce que l’on mange car cela nous assure une plus grande autonomie face aux vicissitudes et aléas de la vie et nous permet de digérer presque n’importe quoi, au propre comme au figuré.
Le yoga propose des techniques assez simples et particulièrement efficaces pour stimuler le centre d’énergie du ventre, appelé Manipûra chakra.
Le matin et le soir sont deux moments importants. Le matin tout se met en route et c’est là qu’il va falloir agir.
D’abord le réveil doit être rapide, silencieux et bien « étiré ». Avant toute pratique de yoga, il nous faut vider le ventre et prendre une douche. Ceci fait nous pouvons commencer.
Bien sur le temps dont on dispose détermine ce que l’on va pouvoir faire. En règle générale, un quart d’heure doit suffire.

Une technique du yoga : agni kriya, l’action du feu

En sanskrit, agni c’est le feu et kriya, c’est donc l’action du feu. On le trouve parfois sous le nom d’agnisara.
C’est une pratique qui met en action le feu intérieur et qui amène un puissant nettoyage interne. Le feu est l’élément qui purifie, qui permet de brûler les déchets et d’augmenter notre énergie vitale. Il est au centre de l’alchimie intérieure du yoga.
Agni kriya est une technique qui fait partie des nettoyages internes et elle est accessible à tous, même aux débutants.
Au même titre qu’une douche permet d’entretenir la propreté extérieure du corps, les actes de purification interne permettent de restaurer et d’entretenir la propreté du corps à l’intérieur. Agissant puissamment sur la sphère abdominale, ils concernent tout le système assimilation / élimination. Or un bon fonctionnement de ce système agit sur le plan physique mais aussi sur le plan énergétique et sur le plan mental.
L’assimilation, la capacité à digérer et à éliminer les déchets sont des facteurs au moins aussi importants que l’acte de se nourrir. Nous devons être capables de rejeter ce qui est susceptible de nous encombrer, de nous encrasser et de nous alourdir.
C’est une manière de nous assurer une plus grande autonomie face â ce que nous absorbons, que les nourritures soient celles du corps ou celles de l‘esprit, et d’accéder à « l’indispensable légèreté de l’être »…

Déroulement de la pratique

Pour faire agni kriya, il y a deux possibilités principales. Soit debout, les pieds écartés environ de la largeur des épaules, les jambes légèrement fléchies, les mains posées juste au-dessus des genoux, doigts tournés vers l’intérieur des cuisses. C’est la solution que l’on prendra pour apprendre la technique. Soit en posture assise, les mains posées sur les genoux, bras tendus. Cette deuxième solution est mise en place dès que l’on arrive à effectuer facilement agni kriya debout.
Les yeux doivent impérativement rester grand ouverts, on fixe un point sur le sol devant soi ou la flamme d’une bougie. On peut également pratiquer la convergence oculaire sur le bout du nez (nâsâgra drishti).
On expire à fond, et en restant poumons vides, on va sortir et rentrer le ventre de façon régulière avec la plus grande amplitude possible. Pour débuter, on fera 6 à 10 mouvements avant de reprendre une inspiration. Ensuite on augmentera progressivement. Il faut retenir que les rétentions à poumons vides doivent toujours être croissantes. Après une dernière rétraction du ventre on inspire doucement en gonflant le ventre et on recommence. On essaie lors de l’inspiration de garder le frottement de l’air dans la gorge.
Le nombre de mouvements doit rester le même pour toute la durée de l’exercice et on évite les souffles intermédiaires qui diminuent l’efficacité de la pratique. Il faut pousser et tirer le ventre avec la même vigueur. En fonction de l’effet rechercher, soit on aura des mouvements assez « lents » pour réaliser un réel massage des organes internes, c’est le cas quand on ressent des tensions, voir des douleurs lors des mouvements. Soit on essaiera d’aller le plus vite possible, à condition de ne perdre ni l’amplitude ni la force avec comme objectif d’allumer le feu intérieur.
On maintient pendant la pratique la contraction de l’anus (mûla bandha, ce qui est facilité par l’absence de mouvement du souffle). Ceci est encore plus important dans la variante ou l’on rajoute les barattages en rétention à poumons pleins.
Si on utilise un mantra on choisira « RAM » qui est celui de manipûra, le centre d’énergie du ventre et le bîjâ du feu. Après une dizaine de série, on restera quelques instants en observation.

Progresser dans la pratique

Dans une version plus poussée, on va suivre une progression :
On part de 10 barattages et on en ajoute 5 à chaque souffle pour arriver à une cinquantaine de mouvements par rétention (ou du moins on augmente jusqu’à son maximum).
Une variante consiste à mettre le ventre en mouvement également pendant les arrêts de souffle après l’inspiration. On égalise alors la durée des rétentions poumons pleins et poumons vides ainsi que le nombre de mouvements.
A poumons vides, rentrer et sortir le ventre énergiquement.
Pour plus de tonicité, tendre les bras et poser les paumes des mains sur les genoux.

Précautions et contre indications

La pratique s’effectue avec l’estomac vide, et il est préférable de vider auparavant la vessie et les intestins.
Le malin à jeun est un moment très favorable, mais on peut pratiquer à tout moment de la journée.
Les contre-indications concernent les cas sévères d’hypertension, problèmes cardiaques et lésions internes des organes (intervention chirurgicale récente par exemple).

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Les effets de la pratique

Sur le plan de la santé les bénéfices sont innombrables. Agni kriya tonifie tous les organes abdominaux, fortifie la sangle, et représente un véritable massage interne extrêmement bénéfique pour le foie, la rate. Il améliore le transit intestinal, régularise l’activité du pancréas, agit sur les surrénales (rôle équilibrant) et purifie l’organisme en augmentant le feu digestif. Il entretient, et dans certains cas, améliore la vue, les yeux étant reliés au centre d’énergie du ventre. Il agit sur le système nerveux par le massage du plexus solaire et s’il est pratiqué régulièrement, il augmente les défenses immunitaires.
Agni kriya sert aussi de support à d’autres techniques, une fois qu’il est tout à fait maîtrisé dans sa forme de base. On le pratiquera volontiers dans des postures inversées ou encore dans des postures qui agissent sur l’ensemble des éléments reliés au feu dans le corps.
Ce kriya possède des effets énergétiques puissants qui ont un retentissement à tous les niveaux de l’être. Il constitue un excellent préalable à des techniques plus poussées.

Mythes et symboles du feu : Agni

« Le feu, capturé et apprivoisé par l’homme, a été le principal instrument de son progrès et de sa puissance […] Le fait de briller est, avant toutes choses, une qualité d’Agni, c’est pourquoi en le vénérant l’homme acquiert l’éclat de l’intelligence et celui de la force, de la santé, de la beauté […] Agni est Celui-qui-pénètre-toutes-choses (vaishvânara), pouvoir de digestion, d’absorption, qui se trouve en toutes choses, en tout être. Il est le soutien de la vie […] La compréhension de la nature du feu équivaut à la compréhension de la nature de l’Univers. La science du feu est la clé de tout savoir.
Agni est la puissance intérieure aussi bien qu’extérieure. Il représente la capacité de savoir aussi bien que de percevoir. Il est le Dieu-de-la science.
Les anciennes chroniques d’Agni –Agni Purâna) forment l’encyclopédie des sciences traditionnelles »
Alain Danièlou, Mythes et dieux de l’Inde, Ed du Rocher, 1992, P.141-142

« Les enseignements du yoga parlent de deux feux, l’un intérieur, l’autre extérieur. Tous deux sont sacrés. Le feu intérieur ne fait qu’un avec le principe vital qui, une fois éveillé par la respiration, s’enflamme et consume les impuretés du corps et de l’esprit. On dit aussi qu’il a le pouvoir d dévorer la destiné de l’homme, le karma.
Concentré dans l’abdomen, il devient le feu stomacal qui digère la nourriture et permet au corps d’assimiler les ingrédients qui le maintiennent en vie. Au niveau des yeux, le feu intérieur manifeste sa présence par l’étincelle de clarté et de joie qu’il leur donne ; dans la région sexuelle, il est la kundalini primordiale qui bondit comme l’éclair jusqu’en haut de la colonne vertébrale. Le feu intérieur est principalement concentré dans le centre du nombril : susceptible de mille transformations, il voyage à partir de ce point dans le corps tout entier, c’est lui aussi qui donne à la conscience son pouvoir. »
Nik Douglas, Les secrets de l’extase, Trédaniel, 1995, p71

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